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215 ans après

Publié le par Jean-Pierre Bouyer

En ce 31 décembre (et en guise de bons voeux ? ), je m'en vais vous présenter une pièce totalement inconnue, qui a été chantée le 31 décembre 1805, soit il y a 215 ans jour pour jour.  Un réveillon avec tambours et trompettes (pas comme en 2020).

Une loge météorique

Au moment des préparatifs par Napoléon d'une invasion de l'Angleterre et de l'installation du camp de Boulogne, une loge dénommée Loge des Amis réunis sur les Côtes de l'Océan fut selon cette page constituée à Calais par des fournisseurs de l'armée.

On sait peu de choses de cette loge, qui n'eut probablement qu'une existence fort brève, mais nous en connaissons bien deux des membres (on les retrouve à de nombreuses pages du site) grâce au premier volume, publié en 1807, des Annales maçonniques dédiées à Son A.S. le Prince Cambacérès. On peut en effet y lire (pp. 195-242) un article sur les prix littéraires décernés dans le cadre du concours de Littérature Philanthropique et Maçonnique organisé par la Loge calaisienne de Saint-Louis des Amis Réunis.

On y voit (p. 202) qu'en 1805 :

- le prix de Littérature maçonnique fut décerné au Frère Naudet, secrétaire adjoint de la loge des Amis réunis sur les côtes de l'Océan, auteur d'une Épitre sur la Légion-d'Honneur (ndlr : rappelons que c'est au camp de Boulogne qu'avait eu lieu en 1804 la première distribution de croix de la Légion d'Honneur) considérée sous son rapport philanthropique et maçonnique. Ce texte est particulièrement napoléonophile.

- l'accessit, au Frère Romagnesy, m. de la même loge, auteur d'un Hymne à la Vertu.

Naudet, qui continuera à écrire tout en poursuivant une brillante carrière militaire, et Romagnesi, qui deviendra un compositeur à succès, collaboreront à de nombreuses reprises par la suite pour des œuvres tant profanes que maçonniques, notamment pour deux grandes cantates maçonniques en 1821 et 1822. Bel exemple sans doute d'une amitié née en loge et longuement poursuivie ...

Le contexte en 1805

Fort inquiète des projets de débarquement napoléoniens, l'Angleterre entreprit de détourner le danger et finança la création de la troisième coalition regroupant surtout l'Autriche et la Russie. Ce qui effectivement amena Napoléon à postposer son projet (dont la perspective s'éloignera encore après Trafalgar le 21 octobre) d'invasion de l'Angleterre pour engager, le 28 août, sa Grande Armée dans une course à l'est et, après son entrée à Vienne le 14 novembre et une série de succès couronnée par la victoire d'Austerlitz le 2 décembre (un an jour pour jour après son sacre impérial à Notre-Dame), imposer à l'Autriche, le 26 décembre, le traité de Presbourg. 

Une loge itinérante ... où nous retrouvons Naudet

La Loge des Amis réunis sur les Côtes de l'Océan semble s'être transformée en loge itinérante pour suivre la Grande Armée dans ses déplacements, puisque nous la retrouvons à Vienne, le 31 décembre 1805, date  laquelle elle se réunit pour la Saint-Jean d'hiver à l'Orient du 8e régiment d'artillerie à Vienne conquise.

C'est Thévenin (dont on trouvera la biographie à la p. 19 de ce livre) qui préside (qui tient le maillet).

Et c'est Naudet lui-même qui chante ce cantique :

Comme on le voit, l'adulation de Naudet pour Napoléon est toujours aussi vive, elle se trouve même encore amplifiée par l'exaltation de la victoire.

Ce cantique traduit bien la mentalité triomphaliste des vainqueurs.

Mentalité d'ailleurs évidemment partagée à Paris.

Trois jours avant, le 28 décembre, le Grand Orient avait lui aussi fêté la Saint-Jean d'hiver.

On y avait glorifié en musique deux sujets de réjouissance ; le premier était la signature, sur instruction de Napoléon, du fameux Concordat (qui serait presque aussitôt dénoncé) entre le Grand Orient et le REAA récemment apparu ; mais le deuxième, bien plus important, était, comme à Vienne, le triomphe de la Grande Armée et du Génie qui la commandait :

On retrouve d'ailleurs dans les deux textes, le viennois et le parisien, quelques thèmes communs :

- la gloire de l'armée et de son chef :

d'un côté, Les braves de la Grande Armée ont fait des prodiges nouveaux ... Mais nos enfants liront l’Histoire, sans s’étonner de nos succès

de l'autre Et toi, dont la gloire marque tous les pas, laisse un jour reposer l’histoire, ou l’avenir n'y croira pas

- Napoléon héros de la paix (par la guerre) :

d'un côté, chantons aujourd’hui la guerre qui vient de nous donner la paix.

de l'autre, la paix du Monde doit coûter encor des combats

- la magnanimité de l'empereur, qui pardonne à ses ennemis et leur consent comme une généreuse faveur une paix imposée et humiliante :

d'un côté, il suspend son tonnerre ; les Rois vaincus obtiennent leur pardon

de l'autre, BONAPARTE a vengé la France et pour couronner ses bienfaits, son cœur se livre à la clémence, il accorde aux vaincus la paix

- le mépris pour l'Angleterre corruptrice et fauteur de guerre :

d'un côté, Lorsque par son or l’Angleterre arma soudain le continent ; mais celui qui paya la guerre en sera le mauvais Marchand.

de l'autre, Vois ce qu'ont fait l’or et la trahison ? Te voilà seul, orgueilleux insulaire !

- l'illusion de la prochaine victoire sur elle pour l'en punir :

d'un côté, Notre héros saura confondre la politique des Anglais ; et lorsque nous serons à Londres il faudra qu’ils fassent la paix.

de l'autre, Prolonges-tu ta lutte téméraire ? Tremble.... Les Dieux portent Napoléon. Cède ; ou bientôt ce noble cri de guerre va retentir jusqu’au sein d’Albion : Vive Napoléon! ! ! !

Le triomphe viennois de Napoléon

Napoléon, nu et lauré debout de face, vêtu de la léonté, s'appuyant sur sa massue entre les villes de Vienne et de Presbourg - légende : Napoléon Emp. et Roi / prise de Vienne et de Presbourg MDCCCV.

légende : Napoléon Emp. et Roi / Actions de grâce pour la Paix ordonnées à Vienne par l'Empereur Napoléon le XXVIII décembre MDCCCV.

Napoléon reçoit les clés de Vienne

L'entrée de Napoléon à Vienne

cliquez ci-dessous pour voir cette image en plus grand format.

Eh oui ! la prise d'une capitale étrangère a toujours été pour le vainqueur l'occasion de démonstrations orgueilleuses

 

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