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Publié le par J. P. Bouyer

Force, Sagesse et Beauté

(1/5)

C'est ainsi que commence un des discours d'Orateur publiés en 1766 par le Frère Jarrhetti

Dans la première divulgation anglaise, le Masonry dissected de Prichard, on trouve dès 1730 ceci :

(ce texte est pareil qu'au manuscrit Wilkinson, daté de 1727 et qui est généralement considéré comme la première énonciation en maçonnerie).

Sous une forme non rituélique, on trouvait déjà le triplet dans le discours de Ramsay, qui y va de son cocorico :

(extrait de l'édition 1737 du discours dans les Lettres de M. de V * * * avec plusieurs pièces de différens auteurs, ouvrage anonyme publié à La Haye chez Pierre Poppy en 1739)

Dans la célèbre divulgation Le Sceau rompu, on trouve en 1745 :

Aujourd'hui, nous allons relever quelques apparitions, dans le chansonnier maçonnique du XVIIIe et du début du XIXe, du triplet force, sagesse, beauté (dans cet ordre ou dans un autre : c'est une question sur laquelle je reviendrai dans le 4e épisode de cette série) .

Voyons d'abord au chansonnier de Naudot (qui est, rappelons-le, le premier chansonnier maçonnique à paraître en France). Dès 1744, aux pages 87-9 de son second recueil, on trouve cette chanson, dont voici le 3e couplet :

De nos dons, l'auguste assemblage
Est force, sagesse, beauté,
Le maçon en est enchanté
Et lui seul en sait faire usage.
Le maçon est dans tous les temps
Orné du plus beau des talents.

Le Triomphe de l'Ordre est une chanson qui figure dès 1763 à La Lire Maçonne :

En vain la calomnie
Cherche à nous attaquer,
Des efforts de l'envie
Qu'avons-nous à risquer?
Beauté, Force, Sagesse,
Voilà les traits vainqueurs,
Dont nous pourrons sans cesse
Repousser leurs fureurs.

Une autre chanson du même recueil, intitulée le vrai Maçon, évoque également le triplet, mais en le complétant par un 4e terme, Tendresse :

Beauté, Sagesse, Force, Tendresse,
De l'Art Royal
C'est là le point fondamental.
Qui s'en décore,
L'Ordre l'honore,
Lorsqu'il poursuit, 
Qui d'autre façon se conduit.

En cliquant ci-dessous, vous entendrez le début de cet air, interprété a capella par la soprano Helena Ek (CD Proprius PRCD 9081) :

Cette évocation de la tendresse (ajoutée au triplet, en tant que noeud de la Fraternité, comme un 4e mousquetaire) se trouve également dans cette chanson de la Lire, datée de 1764 :

Triomphez, Troupe illustre,
Malgré vos envieux,
Pour augmenter le Lustre
D'un Ordre glorieux :
Joignez à la tendresse,
Nœud de la Fraternité,
La Force avec la Beauté
Et la Sagesse.

C'est encore dans la Lire, dans l'édition 1787 (mais aussi dans des chansonniers antérieurs), que l'on trouve cette chanson intitulée Occupations maçonnes, dont voici le 2e couplet :

Nous élevons depuis longtemps 
De nobles Édifices ; 
Et nous posons leurs fondements
Sur les débris des vices : 
La Sagesse trace nos plans,
La Force en est la base, 
La Beauté des compartiments
Ravit l‘âme en extase.

La Pratique nécessaire est encore une autre pièce de la Lire, où l'on chante :

Notre invincible bâtiment,
Est gouverné par la Sagesse,
La Force en est le fondement,
Sa Beauté fait notre allegresse :
Sa parfaite union le conserve immuable.

Une chanson rare (nous n'en connaissons qu'une seule édition, publiée en 1779) proclame :

En travaillant dans les carrières,
Nous sommes toujours éclairés,
Par ces trois brillantes lumières,
 La force, sagesse, & la beauté.

Un cantique fort célèbre, qui a fait l'objet de nombreuses publications, est celui titré Explication de la Maçonnerie et de ses Emblèmes.

Dédié aux Sages que l'Univers contemple et aux Philosophes qui l'éclairez, il aurait été composé à l'occasion de la réception de Voltaire à la Loge des Neuf Sœurs et c'est peut-être le premier où l'on trouve l'expression maintenant consacrée Dans nos Temples tout est symbole.

Au 3e couplet, sagesse, force et beauté y sont, d'une manière originale, assimilés au niveau, à l'à-plomb et à l'équerre :

Le niveau, l'à-plomb & l'équerre
Sont sagesse, force, beauté ;

Enfin,un peu moins éloigné dans le temps, ce cantique adressé à un impétrant provient des pages 17 à 19 d'un recueil édité en 1804.

Son 2e couplet s'achève sur l'évocation du triplet, base de toute construction :

En vain le profane Vulgaire 
Espère nous anéantir ; 
Où son audace téméraire 
Viendra-t-elle donc aboutir ?
Méprisons de ses artifices 
La parfaite inutilité, 
En appuyant nos édifices 
Sur Sagesse, Force et Beauté.

et les 3 couplets suivants développent chacun un de ces 3 termes.

Dans les deux prochains articles, nous nous intéresserons au même sujet dans les chansonniers, mais dans d'autres langues que le français.

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ci47 15/08/2020 13:15

L'origine est plutôt à chercher dans Vitruve: un bâtiment doit être beau, solide et efficace.

29/08/2020 12:40

Merci pour ce complément.

Vitruve évoque effectivement, en tant que caractéristiques nécessaires de toute construction, le triplet firmitas, utilitas, venustas (qui ne correspond pas exactement à Force Sagesse Beauté mais plutôt à stabilité utilité beauté, qui en est proche)

Je n'ai cependant rencontré dans la littérature maçonnique du XVIIIe aucune référence à ce texte-là de Vitruve.