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29 février

Publié le

Trois digressions autour du 29 février.

Nous voilà donc un 29 février, événement qui n'arrive même pas tous les 4 ans (non, il ne suffit pas d'être multiple de 4 pour être bissextile : 2000 l'était, mais savez-vous que 1900 ne l'était pas, et que 2100 ne le sera pas non plus ?)

C'est l'occasion de rappeler l'un ou l'autre événement qui s'est produit un 29 février, et dont on ne peut donc célébrer l'anniversaire que (approximativement) tous les 4 ans.

1. Désaguliers

Tous les maçons connaissent le nom d'Anderson parce qu'ils ont entendu parler des Constitutions d'Anderson mais ils sont moins nombreux à connaître Désaguliers qui pourtant a sans doute joué dans leur rédaction un rôle plus important qu'Anderson lui-même.

Jean Théophile Désaguliers, né le 12 mars 1683 à La Rochelle, est le fils d'un pasteur huguenot réfugié en Angleterre en 1683. Après de brillantes études à Oxford, il devient prêtre anglican et aussi membre de la Royal Society dont il sera une personnalité éminente, ami de Newton.

Le frontispice de la première édition des Constitutions en 1723 représente le duc de Montagu présentant l'ouvrage au duc de Wharton. Derrière celui-ci, le personnage le plus à droite de l'image (détail ci-dessous) est bien Désaguliers.

Quel rapport entre Désaguliers et un 29 février ? Eh bien, il est mort il y a 276 ans exactement : le 29 février 1744.

2. Diana Vaughan

D'une date de décès à une date de naissance : mais cette fois il s'agit de la date de naissance prétendue d'un personnage mythique, Diana Vaughan, la géniale création, dont j'ai déjà parlé ici, de l'ineffable Léo Taxil. Celle-ci serait née le 29 février 1864, dans le Kentucky aux Etats-Unis, ou, selon une autre source, en France.

La prétendue Diana Vaughan en tenue d'Inspectrice Générale du Palladium.

3. la Parfaite Union

On sait que l'histoire de la maçonnerie est pleine de documents apocryphes ou même carrément faux, fabriqués, parfois au mépris de toute vraisemblance ou même évidence, en vue de justifier des droits prétendus ou des anciennetés imaginaires.

L'exemple le plus célèbre est évidement celui de la signature par Frédéric II des Constitutions du REAA.

Un bel exemple, belge celui-là, a été récemment rappelé par Christophe de Brouwer sur son blog Si fodieris, invenies : celui de la douteuse ancienneté de la loge montoise de la Parfaite Union, qui est arrivée en 1898 à se faire attribuer le n° 1 au Tableau du Grand Orient de Belgique en exhibant des "preuves" de sa création le 24 février 1721.

Comme on le voit ci-dessous, cette prétention avait été entérinée par les festivités d'un supposé 175e anniversaire, fêté en grande pompe en 1896, et précisément le ... 29 février de cette année-là.

Les 29 février & 1er mars 1896, en son local rue Chisaire à Mons, la Loge la Parfaite Union a célébré solennellement les fêtes du 175e anniversaire de sa fondation, honorées de la présence des Grands Maîtres & des Députés du Grand Orient de Belgique de France des Pays Bas du Suprême Conseil de Belgique de la Grande Loge de Luxembourg et des Vénérables Députés & Visiteurs de toutes les Loges belges et de plusieurs Loges françaises

En 1971, la loge a donc pu fêter son (supposé) 250e anniversaire. Elle a même, pour la circonstance, frappé une médaille, qui renouvelle avec bonheur le thème des mains unies (thème qui est une constante de l'iconographie de cette Loge) et qui présente l'intérêt de mettre en valeur, par la méthode des chronogrammes, la date dont elle est si fière.

a LatoMIs tUnC InItIatIs aC CoLLeCtIs LUCIs InItIatIo

(Initiation à la lumière par les Maçons alors initiés et réunis)

Les lettres en capitales forment un chronogramme qui reconstitue la date de 1721 (1 M, 5 C, 4 L, 2 V, 11 I)

LatoMIs LIberIs nUnC sUperstItIbUs InItIaLIs LUX eXaCte InItIanDIs IUnIorIbUs serVata

(Lumière initiale conservée avec soin par les Francs Maçons maintenant survivants pour initier les plus jeunes)

et ici la date est celle de 1971 (1 M, 1 D, 2 c, 4 L, 2 X, 7 V, 16 I).

Perseverare diabolicum ?

Pouvons-nous donc nous attendre, dans un an, à voir fêter en grande pompe - dans un GOB entretemps devenu pluraliste - le tricentenaire (supposé) de la Parfaite Union ?

Ce serait sans doute l'occasion de chanter Quel jour plus beau pourrait luire à nos yeux ? comme on l'avait fait dans cette même loge (sous son titre distinctif de l'époque, La Concorde) en 1821 (mais en l'honneur cette fois de l'anniversaire, non de la loge elle-même, mais de deux de ses jubilaires) sur l'air du Borystène :

Cliquez ci-dessous pour entendre l'air du Borystène, excellemment séquencé (comme à son habitude !) par Christophe D., le si précieux auxiliaire musical du site et du blog.

la première des partitions annexées à l'édition 1723 des Constitutions

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