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Les 3 questions (1/5)

Publié le par J. P. Bouyer

Les 3 questions (1/5)

A ROMANS EN 1849

Depuis fort longtemps, l'usage est assez général en maçonnerie - dans de nombreuses loges, mais cependant pas dans toutes - de poser, au postulant à l'initiation, des questions (généralement trois) auxquelles il doit répondre par écrit, et sur lesquelles il est ensuite interrogé sous le bandeau.

Au XIXe siècle, les questions d'usage portaient généralement sur les devoirs de l'homme :

  • envers Dieu,
  • envers ses semblables,
  • envers la Patrie
  • et envers lui-même.

Certains ont même exprimé leurs réponses à ces questions sous forme ... de chanson.

En voici un exemple.

Le recueil du Tome 12 (année 1849) de la Revue maçonnique donne un écho, en ses pp. 59-60, du solstice d'hiver à la Loge Union des deux Cantons de Romans (Drôme), le 1er janvier 1849.

Il y est mentionné qu'au banquet :

... La cordialité la plus pure et la plus douce fraternité ont régné. Après les santés d'obligation, la colonne d'harmonie a accompagné et les chœurs ont chanté un cantique de la composition du Frère Tabary, vénérable, sur ces trois questions : Qu'est-ce que l'homme doit à Dieu, à son semblable et à lui-même ?

Voici donc les réponses données en musique à ces 3 questions par le Vénérable Tabary dans son cantique :

L'homme à Dieu doit un pur hommage,
Il lui doit l'immortalité ;
Dieu fit notre âme à son image
Pour traverser l'éternité.
Il lui doit aussi la prière,
Car Dieu l'a comblé de ses dons.
Dieu, sur l'un et l'autre hémisphère,
Est l'amour de tous les maçons.

 L'homme, œuvre de l'Être suprême,
Se doit l'honneur, la probité.
L'homme encor se doit à lui-même
La sagesse et la vérité.
Il se doit modestie entière ;
Il se doit force, esprit, raison.
Et sur l'un et l'autre hémisphère,
Telle est l'image du maçon.

L'homme doit tout à ses semblables,
Ses biens, sa vie et ses talents ;
Du cœur les élans charitables
Doivent le guider en tout temps.
Il doit soulager les misères
Des méchants ainsi que des bons.
Telle est sur les deux hémisphères 
La vocation des maçons.

L'auteur de ce texte très bien-pensant, et parfaitement dans la ligne de la morale maçonnique telle qu'enseignée à l'époque, est Philippe-Guilain-Joseph Tabary.

Le fichier Bossu nous apprend que, chef d'escadron d'état-major en retraite, officier de la légion d'honneur et chevalier de St Louis, il fut Vénérable de 1848 à 1853 et ensuite Vénérable d'honneur ad vitam de cette loge, et qu'il décéda en 1862.

Mais quel est le but de cet interrogatoire sous le bandeau ?

Le danger de la systématisation de telles questions est évidemment de les utiliser pour juger, non pas de la capacité de raisonnement du candidat, de sa sincérité et de sa cohérence, mais pour estimer sa conformité à la morale traditionnelle.

Car il pouvait (il peut ?) se trouver des maçons pour estimer qu'il y a des réponses maçonniquement correctes à ces questions, et que s'en écarter constitue une cause d'exclusion.

Quand la Franc-maçonnerie était catéchétique

Cette notion du triple devoir à Dieu, à son semblable et à soi-même se trouve tout aussi bien exprimée dans la maçonnerie anglaise.

Le texte suivant est l'Exhortation du premier degré telle que publiée, à la fin du XVIIIe, par William Preston dans son traité Illustrations of Masonry (une traduction intégrale de cet ouvrage par Georges Lamoine est parue chez Dervy ; la traduction ci-dessous est celle donnée ici pour ce passage par Gilles Chiniara) :

En votre qualité de franc-maçon, vous êtes désormais lié à notre loi morale, telle qu'elle nous a été transmise dans les écrits sacrés ; vous devez la considérer comme le guide infaillible de la vérité et de la justice et vous devez régler votre vie et vos actions sur ses divins préceptes. Dans ces textes sacrés sont contenus vos devoirs envers Dieu, envers votre prochain et envers vous-même.

Votre devoir envers Dieu consiste à ne jamais mentionner Son nom, hormis avec la révérence et la crainte respectueuse que la créature doit à son créateur, à implorer Son aide dans toutes vos louables entreprises, et à toujours Le considérer comme le bien suprême.

Votre devoir envers votre prochain consiste à vous conduire selon l'équerre et à agir avec lui comme vous voudriez qu'il agît envers vous.

Votre devoir envers vous-même consiste à éviter les irrégularités et les intempérances qui pourraient altérer vos facultés, ou avilir la dignité de votre profession.

Mais cette police du bien-penser ne se limitait pas aux questions écrites, il s'effectuait aussi oralement.

Dans son Histoire des francs-maçons, parue à Bruxelles en 1838, L. P. Dubreuil (T. 2, p. 181), après avoir déconseillé pour l'Initiation les épreuves physiques, recommandait au contraire les épreuves morales qu'il décrivait en détail comme suit :

Ces épreuves seront prises, dans les trois questions du Testament, qui, comme vous le savez, se divisent en trois ordres. Dieu, soi et les autres.

1er ORDRE.

La première question est entièrement métaphysique ; il sera convenable de suivre dans les demandes la règle suivante.

Subdivisions dans la première question :

Sur le GADLU. — Sur l'âme.

Sur les Dieux. — Sur les Démons. — Sur la création.

Sur les récompenses. — Sur les peines éternelles  

Ces thèses métaphysiques furent-elles et sont elles encore enseignées aux peuples de la même manière ? Ou y a-t-il eu une différence, d'après leur civilisation, leur climat et leur gouvernement ?....

L'homme a-t-il le droit d'examiner si ce qu'on lui enseigne ressemble à ce qu'on enseigne ailleurs ; et si ce qu'on enseigne aujourd'hui l'était aussi jadis ?

L'exercice de ce droit mène-t-il à la science et à la vérité ?

La comparaison des choses donne-t-elle le résultat de juger quelles sont les meilleures ?...

II° ORDRE.

La seconde question est relative à la science de soi-même, elle sera posée ainsi :

Qu'est-ce que l'homme se doit à lui-même ? — Doit-il se connaître, s’estimer, s’honorer, se conserver, se garantir du mensonge, se faire aimer, et chercher la vérité ?

III* ORDRE.

La troisième question précédera le troisième voyage ; elle est relative à la conduite envers les autres.

Que doit-on à ses semblables ?

Doit-on ne point faire ce qu'on ne voudrait pas qu'il fût fait à soi-même ?

Doit-on ses lumières, ses talents, de l'amitié, de la fraternité, de l’humanité, de la compassion, de la miséricorde, du pardon, etc ?

Dubreuil explique que chacune de ces trois batteries de questions doit précéder chacun des 3 voyages, en sorte de s'assurer qu'un homme sans instruction, sans capacité et sans bonnes qualités, ne sera point reçu Maçon. Et il ajoute que ces épreuves morales seront terminées par celles de l'eau, du vent et du feu, et accompagnées d'explications courtes et lumineuses, qui démontrent qu'on ne fait rien dans la Maçonnerie qui ne soit conforme aux cérémonies de tous les peuples anciens et modernes.

Dans un autre passage (T. 2, p. 146), Dubreuil décrit comme suit la procédure particulière à appliquer à un luwton (enfant de maçon adopté par la Loge, on écrit plus souvent lowton ou louveteau) qui a atteint l'âge de 17 ans et qui a demandé sa confirmation :

... s'il persiste dans son désir d'être admis, le vénérable lui fait les questions suivantes:

Croyez-vous à l'existence du GADLU ?

Quelle idée vous formez-vous du GADLU, sous le rapport des qualités qui le distinguent ?

Ne devons-nous pas croire que cet architecte est l'être le plus parfait possible ?

Par quels moyens l'homme est-il à même de se persuader de l'existence du GADLU, et de ses perfections ?

N'est-ce pas par l'observation et la contemplation des chefs-d'œuvre que sa toute-puissance produit dans la nature ?

Quels sont les devoirs que vous croyez avoir avoir à remplir à l'égard du GADLU ?

Que devez-vous à vous-même, et à vos semblables ?

Que devez-vous à votre souverain, à votre  patrie ?

Qu'entendez-vous par ce mot : Vertu ?

Qu'entendez-vous par ce mot : Vice ?

Quelles sont les raisons qui doivent engager l'homme à pratiquer la vertu, et à fuir le vice ?

Etes-vous fermement résolu à pratiquer la vertu et à fuir le vice ?

Il semble assez évident qu'il eût été malvenu par exemple de répondre non à cette dernière question...

(suite)

Sur ou contre toi je ne bouge plus je ne bouge pas J'écoute les ombres interrompues la mienne qui ne s'endort pas J'entends ton sang qui tape au loin, comme un indien l'oreille sur toi Je voudrais dire mais rien ne vient, je voudrais que tu m'demandes pourquoi Sur ou contre toi je ne bouge pas je ne bouge plus Étrange mystère d'être soi soudain comme face à l'inconnu Se sentir comme pris dans les phares ou dans l'effroi de la lumière crue Et que si j'ose j'appuie sur pause pour rassembler vice et vertu Je ne reconnais pas ce geste léger de la veille Si dérisoire hier et là prendre une ampleur irrationnelle Je voudrais que tout s'arrête là que l'instant soit pendu au ciel Juste avant cet au-delà, avant le but universel

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