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11 novembre

Publié le par J. P. Bouyer

Refrain

Leur sacrifice fut austère,
Dans leur œuvre persévérons,
Gémissons, gémissons, mes Frères,
Gémissons, Espérons !

1

Ils sont tombés en pleine gloire,
Ceux des nôtres qui ne sont plus ;
Leur nom restera dans l'histoire
En souvenir de leurs vertus.
Héroïques dans la bataille,
Ils défendaient la liberté
Sous les obus, sous la mitraille,
Nobles martyrs d'humanité.

2

Ils caressaient cette chimère :
Paix au monde, fraternité !
Demain les peuples seront Frères...
Rêve d'hier, réalité !
Dans les combats, dans la mêlée,
Ils portaient haut le pur flambeau
De notre humaine destinée.
Inclinons-nous sur leur tombeau.

3

En eux la chaîne s'est rompue
De l'union des Francs-maçons
Mais leur trépas, dans la cohue,
Fait resplendir notre écusson.
Reconnaissants à leur mémoire,
Nous l'honorons avec fierté,
En attendant que la Victoire
Bientôt, rayonne en la Cité.

Cette chanson est la 13e et dernière d'un recueil de chansons maçonniques (les 12 autres sont toutes des reprises du XVIIIe siècle) publié en 1918 par la loge Ernest Renan du Grand Orient de France. Le recueil est dédié au Frère Lafferre, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts (il a effectivement exercé cette fonction de 1917 à 1919).

Le violoniste, chef d'orchestre et compositeur Francis Casadesus, qui était membre de cette loge, avait harmonisé les chansons de ce recueil, et le texte de celle-ci était de son Vénérable de l'époque, Marcel Huart.

La chanson est évidemment un émouvant hommage aux milliers de maçons victimes de la guerre 1914-1918, et c'est pour cette raison que je l'évoque en cette journée du centenaire de l'armistice, où il me semble plus décent de saluer leur mémoire que celle de leurs généraux bouchers.

Nous ne disposons d'aucune autre information sur cette sculpture (ou projet de sculpture ?) monumentale (3 mètres !) de Pierre Feitu (1868-1936), auteur de divers monuments dont celui-ci, ainsi que d'autres également commémoratifs de la guerre.

Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants : cette phrase (symétrique au Un maçon ne meurt pas puisqu'il continue à vivre dans le cœur de ses Frères de ma page du 2 novembre) figure au monument de la 163e Division à Vrigne-Meuse.

Ledit monument commémore les derniers affrontements du 11 novembre 1918, au cours desquels tomba, 10 minutes avant le cessez-le-feu, le dernier soldat français mort au combat, Augustin Trébuchon.

Le couplet 2 rappelle (Ils caressaient cette chimère : Paix au monde, fraternité ! Demain les peuples seront Frères) le rêve ou la chimère évoqués si régulièrement dans les textes maçonniques dès le XVIIIe siècle : la paix universelle, dont l'espoir s'est exprimé par exemple ici ou ici.

Après la guerre, de nombreux maçons français soutinrent l'idéal pacifiste de la Société des Nations. Leurs efforts de réconciliation avec la maçonnerie allemande ne rencontrèrent que peu d'échos, celle-ci ayant dans sa majorité proclamé (comme l'écrit ici Alain Bernheim) qu'elle abhorrait les associations éhontées de pacifistes et d’internationalistes grossiers qui ont renié leur patrie et encouru le mépris public en rêvant follement de fraternité universelle et qu'elle refusait de prendre part au mouvement humanitaire de fraternisation générale entre les peuples du monde.

Pas plus que la Société des Nations, l'Organisation des Nations Unies, née comme elle dans la foulée d'une guerre mondiale, n'est arrivée à établir la paix universelle.

Mais les maçons n'ont pas perdu l'espoir, comme l'exprime par exemple ce couplet d'une chanson composée en 2009 pour le 10e anniversaire de la Loge tourangelle La Clé de la Grande Loge Mixte Universelle

ô ma soeur, ô mon frère,
le temps de la haine est fini,
tu es un homme, tu es une femme,
tu es mon frère tu es ma soeur,
et devant nous s'ouvre un chemin,
 plus beau que tous leurs chemins,
et c'est ensemble que nous irons 
découvrir de nouveaux horizons.

Si tu veux réparer ce que détruit 
l'ignorance de l'homme,
avec moi vis la Fraternité,
Si tu veux réparer ce que détruit 
la folie de l'homme,
avec moi vis la Fraternité.

Un autre centenaire

Comme le disait le poète disparu voici 100 ans et 2 jours :

Il est grand temps de rallumer les étoiles.

Benjamin Britten, War Requiem

Ravel écrivit son "concerto pour la main gauche" pour le pianiste Paul Wittgenstein, qui avait perdu le bras droit durant la Première Guerre mondiale sur le front russe.

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