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La devise

Publié le par J. P. Bouyer

Liberté, Egalité, Fraternité.

Le 14 juillet est un bon jour pour évoquer la devise républicaine, qui est aussi une devise maçonnique. Mais la République s'est-elle inspirée de la maçonnerie, où la maçonnerie de la République ?

Il faut le savoir, c'est abusivement que, menant à l’Hôtel de Ville une députation des loges de Paris lors de la Révolution de 1848, le frère Jules Barbier déclara : Nous saluons des acclamations les plus vives le Gouvernement républicain qui a inscrit sur la bannière de la France cette triple devise qui fut toujours celle de la Franc-Maçonnerie : « Liberté, Egalité, Fraternité. » 

Cela n'avait en effet jamais été la devise de la maçonnerie, mais cela faisait si bien dans le tableau que tout le monde - à commencer par Lamartine - fit mine d'y croire et que le Grand Orient s'empressa d'inscrire cette contre-vérité dans sa Constitution : l'article 1er de celle-ci, votée en août 1849 et promulguée en septembre,  mentionne Sa devise a été de tout temps : Liberté, Égalité, Fraternité (en 1854, ce texte deviendrait La franc-maçonnerie conserve toujours son ancienne devise : Liberté, Égalité, Fraternité, et il est actuellement Elle a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité).

Il n'en est pas moins vrai que - très occasionnellement cependant - on trouve ces trois mots réunis dans des textes maçonniques antérieurs, particulièrement pendant la période révolutionnaire.

Selon Emmanuel Pierrat, on trouve, dans un discours prononcé le 20 janvier 1791 dans la Loge du Contrat Social, la phrase suivante :

Bien des siècles avant que Rousseau, Mably, Raynal, eussent écrit sur les droits de l’Homme et eussent jeté dans l’Europe la masse des Lumières qui caractérisent leurs ouvrages, nous pratiquions dans nos Loges tous les principes d’une véritable sociabilité. L’égalité, la liberté, la fraternité, étaient pour nous des devoirs d’autant plus faciles à remplir que nous écartions soigneusement loin de nous les erreurs et les préjugés qui, depuis si longtemps, ont fait le malheur des nations.

En décembre 1795 (nivose de la République une et indivisible), le Grand livre d’architecture de la Très Respectable Grande Loge de France porte sur cette page la mention suivante :

Roger Dachez, qui a fait le point sur cette question dans un article de son blog Pierres vivantes, y écrit qu'ensuite et jusqu’en 1848, plus jamais la triple devise n’est retrouvée dans un document maçonnique. Eh bien ! je vais vous faire découvrir une preuve du contraire !

L'auteur : Delalande

Charles Mangon de La Lande (Roye 1770 - Paris 1847), plus connu sous le nom de Delalande, fit une longue carrière comme fonctionnaire de l'Enregistrement et des Domaines et inspecteur des Monuments historiques ; il fut un passionné d'archéologie, auteur de nombreux mémoires.

Sa profession l'amena à multiplier les lieux de résidence dans de nombreux coins de France.

Maçonniquement, on le connaît surtout comme Vénérable de la Loge la Parfaite Union de Douai pendant 13 des 16 années 1800-1815. En 1819, il fut fondateur et premier Vénérable de la Loge de l'Heureuse Réunion à La Roche-sur-Yon (qui s'appelait alors Bourbon-Vendée).

Il est l'auteur de très nombreuses chansons maçonniques - dont une version maçonnique de la Marseillaise qui a déjà été présentée sur ce blog.

Je n'ai pas encore retrouvé l'édition originale de celle-ci, intitulée Les devises sacrées des Francs-Maçons, mais seulement sa réimpression en 1836 dans L'Univers maçonnique.

Elle se compose de 4 couplets, dont chacun se termine par l'évocation d'un triade constituant une devise que les Maçons eurent de tous temps, soit successivement :

  • La loyauté, la volupté, la prospérité
  • L’humanité, la charité, l’hospitalité
  • La vérité, l’aménité, la sobriété

et enfin, au 4e couplet, la devise que les maçons eurent même autrefois :

  • L’égalité, la liberté, la fraternité

qui termine ce fier couplet :

Chez eux l’équerre et le compas
Règlent les actes de la vie,
Et le niveau ne quitte pas
Les vrais enfants de la patrie.
Fidèles à L’État, aux lois,
Amis du peuple et de ses droits,
Sur eux les tyrans n'ont point prise ;
Car ils eurent même autrefois
L’égalité, la liberté, la fraternité pour devise.

L'air est  Chacun avec moi l’avouera.

Bon 14 juillet à mes ami(e)s français(es) !

membre (1960) de la Loge "Nouvelle Jérusalem" (GLFF)

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