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Jazz & Franc-maçonnerie

Publié le par J. P. Bouyer

En novembre 2011, l'UNESCO a décidé que le 30 Avril serait dorénavant la Journée Internationale du Jazz

Aujourd'hui est donc un bon jour pour mettre en ligne, sur la partie compositeurs maçons du site mvmm, une nouvelle page consacrée à un jazzman maçon.

Quelques-uns figurent déjà sur le site, américains pour la plupart (5 afro-américains : Duke Ellington, Cab CallowayEubie Blake, Lionel Hampton, Earl Hines, et aussi Russ Morgan), mais aussi un pittoresque contestataire allemand, Thomas Bierling.

Cette année (qui est celle du 60e anniversaire de son décès), celui qui est mis à l'honneur est William Christopher Handy (1873 - 28 mars 1958), chanteur et compositeur de blues, souvent appelé The Father of The Blues (le père du blues).

Fils d'un pasteur, il fut également chef d'orchestre, cornettiste, trompettiste, professeur de musique dans la seule université d'Alabama ouverte aux noirs, éditeur de musique et de disques, et écrivain.

Comme le rappelle le souvenir philatélique ci-dessus (émis en 1969 à l'occasion de la sortie du timbre visible plus bas), il était membre de la Hiram Lodge n° 4 de New-York et, selon Raphaël Imbert dans son ouvrage Jazz supreme, Duke Ellington a raconté s'être trouvé un soir dans cette Loge avec Handy, Lionel Hampton, Count Basie, Ben Webster et Earl Hines.

Imbert rapporte aussi que 1500 maçons participèrent à sa veillée funèbre maçonnique et que le lendemain 30000 personnes suivirent dans les rues de Harlem son cortège funèbre accompagné par une fanfare de Loge.

Il cite également cet extrait de l'autobiographie de Handy, où celui-ci raconte comment il échappa en plein Mississipi à un groupe de Blancs décidés à lui faire un mauvais parti :

Toute la nuit je me suis caché dans les champs. En début de matinée, frigorifié, j'ai frappé à la porte de la cuisine d'un vieil homme blanc et lui ai expliqué dans quelle situation je me trouvais. Il était franc-maçon. Après m'avoir servi un petit-déjeuner, il s'arma d'un fusil à deux coups et me conduisit à la gare dans son Buggy.

Handy est le compositeur des célèbres Memphis blues et Saint Louis blues.

Les valeurs du jazz, valeurs maçonniques ?

Dans ses commentaires sur sa décision, l'UNESCO souligne que :

  • Le jazz brise les barrières et crée des opportunités pour la compréhension mutuelle et la tolérance ;

  • Le jazz est un vecteur de liberté d'expression ;

  • Le jazz est un symbole d'unité et de paix ; 

  • Le jazz réduit les tensions entre les individus, groupes et communautés ;

  • Le jazz favorise l'égalité des sexes ; 

  • Le jazz renforce le rôle des jeunes pour le changement social ;

  • Le jazz encourage l'innovation artistique, l'improvisation, de nouvelles formes d'expression, et l'intégration de formes musicales traditionnelles dans de nouvelles ; 

  • Le jazz stimule le dialogue interculturel et valorise les jeunes issus de milieux marginaux.

Beaucoup de maçons se retrouveront sans doute dans certaines de ces valeurs ...

A lire absolument par les amateurs de jazz et/ou de musique maçonnique : l'ouvrage (2014) de Raphael Imbert, Jazz Supreme.

J'en extrais cette belle citation (p. 183) :

Le jazz ... est selon moi une expression des idéaux les plus élevés. Par conséquent, il contient de la fraternité. Et je crois qu'avec de la fraternité il n'y aurait pas de pauvreté, il n'y aurait pas de guerre.

John Coltrane

Prince Hall

La Loge de Handy, Hiram Lodge n° 4 (qu'on appelle parfois la Loge des musiciens), est évidemment une Loge Prince Hall.

Voir à ce sujet deux ouvrages de Cécile Révauger :

  • Black Freemasonry: From Prince Hall to the Giants of Jazz et Noirs et francs-maçons 

 

  • Noirs et francs-maçons - Comment la ségrégation raciale s'est installée chez les frères américains

L'existence de la ségrégation raciale dans la maçonnerie américaine constitue un sujet d'étonnement, sinon d'indignation, pour beaucoup de maçons européens, qui soulignent à quel point ce principe est contraire à la volonté, que la maçonnerie affiche telle une devise, de réunir ce qui est épars en créant (selon le mot d'Anderson) un Centre d'Union où puisse se nouer une amitié sincère entre des personnes qui sans cela n'auraient pu que rester perpétuellement étrangères.

Comment en effet ne pas souscrire à ce limpide avis (cité par Imbert dans son article Jazz en vies) du contrebassiste Milt Hinton dans son livre Playing the Changes :

J’ai toujours pensé que le problème majeur avec la maçonnerie c’est son rapport à la race. Il ne devrait pas y avoir de systèmes noir et blanc séparés, pourtant c’est le cas. Cela semble contredire complètement la philosophie de l’organisation.

Milt Hinton

On pourrait cependant ajouter à ce sujet que la volonté ainsi affichée en Europe de réunir ce qui est épars est parfois à géométrie variable. Combien ne persistent-ils pas par exemple à pratiquer la ségrégation sexuelle avec autant de bonne conscience que les maçons américains mettaient, ou continuent de mettre, à pratiquer la ségrégation raciale ?

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Gédéon 16/05/2018 18:26

Sans doute à ajouter pour sa valeur documentaire. (bon petit bouquin de découverte) :

https://www.hiram.be/blog/2018/01/13/jazz-franc-maconnerie/