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Un code moral maçonnique (1)

Publié le par Jean-Pierre Bouyer

Toute Société qui a quelque ambition pour elle-même et pour ses membres considère qu'elle se doit de proposer à ceux-ci un idéal moral.

Dans une page récente, je vous présentais la Société des Trancardins, Société qui eut en France quelques succès, dans les années précédant l'arrivée de la maçonnerie dans ce pays et qui avait élaboré (et même mis en musique !) des Statuts, où elle définissait notamment les règles de comportement que les membres devaient s'engager à respecter lors de leurs réunions. Et j’attirais l'attention sur la ressemblance entre ces règles et celles qui seraient ensuite adoptés par la maçonnerie.

Précisément, c'est dès l'origine que la littérature maçonnique énonce des normes morales censées s'imposer aux maçons. Les Constitutions d'Anderson de 1723 proposent un libellé particulièrement synthétique :

The Persons admitted Members of a Lodge must be good and true Men ... no immoral or scandalous Men, but of good report.

article III

(Les Personnes admises comme membres d'une Loge doivent être des hommes bons et loyaux... ni hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation).

Des formulations plus explicites seront développées par la suite dans de nombreux textes.

La série d'articles dont je vous propose aujourd'hui le premier numéro en propose quelques-unes.

Déjà dans le chansonnier de Naudot, en 1737, on trouve, dès la première page, un texte en latin, très synthétique et très pieux, qui est intitulé Norma morum :

Fide Deo, diffide tibi, fac propria castas,
Funde preces, paucis utere, magna fuge,
Multa audi, dic pauca, tace abdita, disce minori,
Parcere, majori cedere, ferre parem,
Tolle moras, minare nihil ; contemne superbos
Fer mala, disce Deo vivere, disce mori.

Il est suivi, sur la même page et la suivante, de sa Traduction en vers par Mr. Gobin :

Ne point présumer de soi-même,
S’appuyer sur l’Être suprême,
Ne former que d’utiles vœux,
Se contenter du nécessaire,
Ne se mêler que d’une affaire,
C’est le sûr moyen d’être heureux.
Les grands emplois sont dangereux :
Ne point révéler de mystère,
Tout entendre, mais peu parler,
Sentir son avantage, et ne point accabler
Celui sur qui nous avons la victoire,
Savoir céder aux grands, supporter ses égaux,
Mépriser l’orgueilleux, fût-il couvert de gloire,
Ne s’étonner de rien, soutenir tous les maux,
Quoique l’adversité nous blesse,
Sans nous troubler et sans ennui,
Bannir tout genre de paresse ;
Et pour le dire enfin, la plus haute sagesse,
Est en vivant pour Dieu, de mourir avec lui.

On retrouvera ces mêmes textes dans de nombreux chansonniers du XVIIIe, et aussi par exemple à la p. 26 de LE FRANC-MACON - Almanach pour l'année Bixestile (sic) 1788 imprimé à Milan, sous le titre Préceptes des vrais Frères-Maçons :

Une traduction plus synthétique en autant de vers (c'est-à-dire 6, comme à l'original latin) apparaît, à ma connaissance pour la première fois, en 1751 à la p. 107 d'une divulgation intitulée Le Maçon démasqué :

Franc-Maçon, connais-toi, mets ton espoir en Dieu,
Prie, évite l’éclat, contente-toi de peu,
Écoute sans parler, sois discret, fuis les traîtres
Supporte ton égal, sois docile à tes Maîtres,
Toujours actif et doux, humble, et prêt à souffrir,
Apprends l’art de bien vivre, et celui de mourir

En 1773, la Muse maçonne publie même (p. 60) ces deux traductions simultanément.

On connaît même une traduction russe.

La dernière traduction ci-dessus sera fréquemment rencontrée dans les textes du XIXe siècle, par exemple à la p. 172 du Vocabulaire des francs-maçons.

Dans un prochain article, nous verrons d'autres énoncés, toujours du XVIIIe siècle ... et, cette fois, certains seront en musique !

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