Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Franklin : encore un Grand Maître compositeur ?

Publié le par J. P. Bouyer

Conviendrait-il d'ajouter, à la liste des 6 Grands Maîtres compositeurs (Erskine, Dom Pedro, George V de Hanovre, Mellinet, Páez, Wesley) que j'ai déjà mentionnés dans des pages antérieures, le nom du célèbre Benjamin Franklin ?

Sa qualité de Grand Maître n'est pas contestable : en 1734, pas encore trentenaire, il devint en effet le Grand Maître de la Grande Loge de Pennsylvanie.

On sait qu'il fut toute sa vie un maçon particulièrement actif, tant en Amérique (il avait été initié en 1731 à Philadelphie) que pendant sa présence en France où il fut une des figures de la prestigieuse Loge des Neuf Sœurs, et même un temps (de 1779 à 1781) son Vénérable.

extrait du Tableau des Neuf Soeurs pour 1779.

médaille frappée en 1783 par les Neuf Soeurs en l'honneur de Franklin, ministre plénipotentiaire des Etats Unis de l'Amérique. Les Muses s'activent autour d'un Temple juché sur une colline rocheuse, sous la devise De leurs travaux naîtra leur gloire.

Autre médaille frappée en 1829 : les maçons français à Franklin Maître de la Loge des 9 Soeurs Orient de Paris 5778. Entre l'équerre et le compas entrelacés de rameaux d'olivier, un ouroboros encercle un triangle flamboyant, portant les lettres juives pour Jehovah. A gauche, un maillet, à droite une truelle ; au-dessus, sept étoiles.

Bienfaiteur des humains, il préserva la terre
Du sceptre des tyrans et des coups de tonnerre.

J. Michaud, él. fun. de Franklin, in Tribut de la Société nationale des Neuf Sœurs (1791)

La qualité de compositeur de Franklin est par contre moins certaine que sa qualité de Grand Maître : on lui attribue - mais c'est une attribution fort contestée - un quatuor.

Il est vrai qu'on ne prête qu'aux riches, et cet homme-là, qui a fait tant de métiers, était certes riche de multiples talents ...

Mais on parle aussi de lui comme d'un auteur de textes de chansons maçonniques.

C'est de 1742 que date la première édition de deux chansons composées par le Frère Américain, en addendum à une Apologie pour l'Ordre des Francs-Maçons.

Sur la base de cette désignation américaine, d'aucuns ont attribué ces chansons à Franklin : ce qui serait bien surprenant, puisque Franklin n'est venu en France que bien plus tard, et on ne voit pas de raison qu'il ait écrit des chansons en français avant cela.

Par contre, Franklin, dont le premier métier était imprimeur, est aussi, dès 1734, l'éditeur de la première version américaine des Constitutions d'Anderson.

Il y reproduit (mais sans partitions) les 4 chansons données par Anderson, mais en ajoute, sous le titre A new song, une cinquième, dont on peut logiquement penser qu'elle est de son cru.

En voici la traduction :

I.

Bien qu'on nous traite de fous, nous les maçons
Nous démontrons par la géométrie et les règlements
Que nos arts sont enseignés dans toutes nos écoles ;
Ils nous accusent donc faussement.
Nous mettons en évidence
Par notre conduite partout
Que quand vous rencontrez un maçon,
Vous rencontrez un honnête homme

II.

Il est vrai qu'une fois on nous accusa
De désobéissance envers notre reine ;
Mais des Monarques ont ensuite clairement vu
Les secrets qu'ils avaient cherchés.
Nous ne complotons pas contre l’État
Ni ne parlons contre les grands hommes au pouvoir
Mais tout ce qui est généreux, bon et grand,
Nous l'enseignons chaque jour.

III.

Quels nobles édifices nous voyons
Élevés par les soins de nos Frères du passé !
Ils ont émerveillé le monde, n'honorerons-nous pas
Dès lors la maçonnerie ?
Que ceux qui méprisent notre Art
Vivent en une caverne dans un désert
En troupeau avec les bêtes loin des hommes,
Pour leur stupidité.

IV.

Mais voyez ces nations sauvages, où
Jamais n'apparut la maçonnerie :
Quelles brutes étranges et primaires les peuplent !
Alors honorez la maçonnerie,
Elles nous rend courtois, commodes, libres,
Généreux, honorables et gais
De quel autre art peut-on dire cela ?
Portons un toast à la Maçonnerie.

Les soupçons de désobéissance envers notre reine mentionnés au 2e couplet se réfèrent à une légende maçonnique selon laquelle en 1561 la reine Elizabeth, à qui on avait dénoncé les maçons comme séditieux, les avait disculpés après enquête.

En 1756, cette chanson fut recopiée par Dermott en Angleterre dans Ahiman Rezon.

Ce n'est peut-être pas un hasard si la statue de Franklin à Paris est ombragée par un acacia...

Commenter cet article