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Encore le duc de Chartres !

Publié le par J. P. Bouyer

Cette chanson du XVIIIe fait partie d'une série intitulée les Emblèmes de la Maçonnerie, série dont tous les titres font référence à la symbolique maçonnique (le soleil, la lune, l'équerre, ...)

Mais nous allons voir que son sujet est bien différent.

J'ai naguère consacré trois pages (1, 2, 3) de ce blog au Grand-Maître du Grand Orient, Philippe, duc de Chartres puis d'Orléans et futur Philippe-Egalité, à l'occasion des 3 chansons faisant référence à sa personne que j'avais pu alors trouver.

Hé bien ! Voici que je viens de m'apercevoir que celle-ci en est une quatrième ! A dire vrai, je la connaissais déjà, et l'avais même fait figurer au site, mais je n'avais à ce moment pas réalisé que c'était de lui qu'elle parlait.

Non seulement lui d'ailleurs, mais aussi son épouse Marie-Adélaïde de Bourbon.

Le duc de Chartres et sa famille au Palais Royal, tableau de 1776 par Édouard Cibot et Charles Lepeintre

C'est en effet bien eux que concerne le vers suivant :

Rendez Philippe aux voeux d'Adélaïde

Au vu de son texte, la chanson date certainement de l'époque où notre Grand Maître faisait dans la marine une carrière commencée en 1772 dans l'espoir de devenir grand amiral de France, et terminée en 1778 après l'affaire d'Ouessant, affaire intervenue au moment où - ce qui lui valut d'être honoré à ce titre dans le Cantique des Santés d'Honoré - il était inspecteur général de l'armée navale de Brest.

La chanson présume donc que son retour de croisière serait attendu avec impatience par les maçons, mais aussi (ce qui semble encore plus  douteux vu ce que l'on sait de leurs relations) par son épouse.

Contrairement aux autres chansons de la série les Emblèmes de la Maçonnerie, celle-ci n'a donc rien à voir avec la symbolique maçonnique : elle participe uniquement du culte de la personnalité dont le Grand Maître est obligatoirement l'objet ; l'Etoile flamboyante n'est pas ici le symbole du second degré, c'est l'étoile des Maçons, c'est-à-dire leur Grand Maître.

Témoignage frappant de la circulation des chansons maçonniques à l'époque, la chanson se retrouvera, telle quelle, dans la partie francophone du Free-mason's vocal assistant paru à Charleston (Caroline du Sud) en 1807 (p. 190).

On la trouve également (p. 489) dans le chansonnier de Holtrop paru en Hollande en 1806. Mais ici l'éditeur s'est rendu compte qu'en l'état, elle n'était plus de saison, et il a apporté deux changements pour effacer la référence à Chartres et la remplacer par une autre :

  • Fiers de porter Philippe est remplacé par Fiers de porter le Noble 

  • Rendez Philippe aux voeux d'Adélaïde est remplacé, en veillant à ne pas rompre la rime, par Rendez l'Illustre aux voeux d'Aménaïde.

Ce changement très arbitraire n'a guère de sens : Aménaïde est le principal personnage féminin de la tragédie (1760) de Voltaire, Tancrède (qui n'a pourtant rien de maritime). Ce Tancrède est régulièrement qualifié de Noble et d'Illustre.

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