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Chant des Surveillants 2a

Publié le par Christophe D

le Chant des Surveillants, partie 2 : les adaptations françaises

a) la version des Frères Lansa et La Tierce

(Voici la deuxième partie de l'étude, commencée ici, que Christophe D. a bien voulu consacrer aux diverses versions du Chant des Surveillants. JPB)

En 1747, à La Haye, paraissent les Chansons originaires des francs-maçons sous les plumes des Frères Lansa et de La Tierce.

Nous y trouvons une Chanson des Surveillans (au pluriel cette fois, mais avec l'ancienne orthographe) écrite en français.

La préface du recueil donne au lecteur l’origine des chants, sans citer Anderson cependant (texte avec son orthographe originale) :

Voici les Chansons Maçonniques telles qu'elles ont étés mises en Musique par le Frere LANSA, & traduites de l'Anglois par lui même & le Frere LA TIERCE ; mais comme elles furent à peine finis lorsque ce dernier Frere partit de Londres, il ne pouvoit les communiquer que très imparfaites à la Loge qu'il établit à Francfort, d'autant plus qu'elles n'étoient point Gravées ; d'ailleurs la Musique n'étant point entierement dans le gout François, plusieurs autres Freres qui les ont introduites dans les Païs étrangers, ont voulu y ajouter ou diminuer selon leur gout particulier, de sorte qu'à Paris, Berlin, & Francfort, elles n'ont parues que très deffectueuses…

Chansons originaires des francs maçons

Lansa se serait occupé de la musique et La Tierce de la traduction en français. Pourtant, le chant des Surveillants est signé de La Tierce, a priori autant pour le texte que la musique. Avec un nom pareil, il serait regrettable qu’il n’eût point de connaissances musicales ! (Une tierce étant le nom d’un intervalle musical séparant deux notes : par exemple do à mi. Ce nom est aussi approprié à un musicien que jambon à un charcutier ! ).

Le texte de ce chant des Surveillants reprend en huit strophes (au lieu de treize) l’essentiel du contenu de celui des Constitutions anglaises. Il ne s’agit pas d’une traduction fidèle à la lettre :

I

Adam à sa posterité
Transmit de l'Art la connoissance,
Et Caïn, par l'expérience
En démontra l'utilité ;
C'est lui qui Bâtit une ville
Dans un payis de l'Orient,
Où l'Architecture civile,
Prit d'abord son commencement.

Choeur

De notre Art chantons l'excéllence :
Ses secrets font notre bonheur.
De notre Art chantons l'excéllence :
Exaltons sa magnificence,
Qui des Rois montre la grandeur.

II.

Jabal, le pere des pasteurs,
Fut le premier qui fit des tentes,
Où paisible il vivoit des rentes
De ses innocentes sueurs :
Cette Architecture champêtre
Servit depuis pour le Soldat,
Et les Héros que Mars fait naître,
L'embellissent de leur éclat.

III.

Jamais Neptune sur ses eaux
De l'Architecture navale
N'eut vû la grandeur martiale,
Ni des commerçans les Vaisseaux ;
Si Noé sçavant Patriarche,
Eclairé par le Tout-puissant,
De sa main n'eut de la belle Arche
Construit le vaste batiment.

IV.

Les Mortels devenant nombreux,
Aussitôt on vit l'injustice
Joindre à la force l'artifice,
Pour opprimer les malheureux ;
Le foible alors pour se deffendre
Contre Nimrod fier Conquerant,
Entre les forts alla se rendre,
Et lui résista vaillament.

V.

Le mépris du divin Amour
Fit que les Hommes fanatiques
Bientôt après firent des briques
Pour Babel la fameuse Tour ;
La différence du langage
Vint déconcerter ces Maçons :
Qui renoncerent à l'ouvrage
Contens d'habiter des Maisons.

VI.

Moïse par le Ciel guidé,
Bâtit l'Auguste Sanctuaire,
Où des verités la lumière,
Par l'Oracle étoit annoncé.
Des lors la sainte Architécture
Pour l'Idole etoit profané,
Et sa magnifique structure
Charmoit le Mortel étonné.

VII.

Le pacifique Salomon
Avoit de son tems l'avantage
D'être des Hommes le plus sage,
Et le plus excellent Maçon ;
Il érigea de Dieu le Temple,
Qui fut le chef-d'oeuvre de l'Art :
Et tous les Rois à son exemple,
Furent Maçons de toute part.

VIII.

De l'Art toute la majesté
En Grece, en Egipte, en Sicile,
A Rome, en France, en cette Ville,
De là fut après transporté.
Aujourd'hui nous passons l'Asie,
Dans la beauté des bâtimens :
Et mieux qu'elle avec l'Ambrosie,
Nous buvons des vins excellens.

Chanson des Surveillans par le Frère La Tierce

Comme on s’y attendait, le découpage de la partie musicale respecte celui d’Anderson. Les couplets sont chantés par un Frère seul en alternance avec le refrain par le chœur de l’assemblée.

La coupe rythmique est également la même : trois temps pour le solo, deux temps pour le chorus.

Par contre, et la différence est d’importance, ni la tonalité, ni la mélodie n’ont de points communs avec la version originale. En effet, le ton est cette fois Sol mineur. Malgré leur homonymie, les tons de Sol Majeur et de Sol mineur sont très éloignés (un # contre deux b à l’armure). La musique est complètement nouvelle, entièrement recomposée.

Le Frère Lansa dans sa préface à l'édition 1749 des Chansons originaires des francs-maçons en évoquant les transformations musicales des chants originaux par des Frères peu respectueux, relève avec une certaine ironie que :

Sans doute aussi, pour s’adapter à la prosodie française, mais nous étions prévenus : la Musique n'étant point entierement dans le gout François.

La section pour le soliste commence et se termine en Sol Mineur, celle du chœur commence en Si bémol Majeur, qui est un ton voisin de Sol mineur (un bémol d’écart seulement) et son relatif Majeur, pour se terminer dans le ton principal de Sol mineur.

La musique ne se développe pas non plus de la même façon. La version andersonnienne s’étend sur quarante mesures pour la partie solo et sur seize mesures pour la section chorale. La composition de La Tierce respectivement dix-neuf mesures et quarante-huit mesures (8 + 20 mesures reprises). Pas du tout les mêmes proportions donc ! Elles sont même inversées. La Tierce donne plus d’espace au chœur des Frères, en lui faisant répéter les mêmes vers plusieurs fois et en les reprenant.

Faute de place ici aussi (?) ou d’économie de papier, l’éditeur ne reproduit que les seules lignes mélodiques (solo, voix de ténors et basses). Mais la partition suggère un accompagnement, qu’aucun recueil ne reproduit, malheureusement. Peut-être ces partitions instrumentales étaient-elles conservées dans les loges ou par les musiciens sollicités eux-mêmes, d’où leurs pertes certainement.

(à suivre)

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