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Maestro et Grand Maître ? (3/4)

Publié le par Jean-Pierre Bouyer

Comme le deuxième (dans l'ordre chronologique) de nos Grands Maîtres compositeurs, le troisième fut, lui aussi, un souverain régnant : celui d'une des entités (le royaume de Hanovre) de cette constellation qui constituait la Confédération germanique avant l'unification politique de 1871.

Cousin de la reine Victoria, George de Hanovre (1819-1878) devint le roi George V à la mort de son père en 1851 et le resta (avec une réputation d'autocrate réactionnaire) jusqu'à sa déposition en 1866, consécutive à l'annexion par la Prusse de son royaume, qui entraîna son exil en Autriche.

Il était devenu aveugle à l'âge de 14 ans

C'était aussi un musicien averti, pianiste et compositeur de quelque 200 oeuvres, dans tous les genres dont une symphonie.

On peut lire sur le web ses Ideen und Betrachtungen über die Eigenschaften der Musik (réflexions sur la musique et le chant).

Selon la page historique du site de la Loge Selene zu den drey Thürmen de Lüneburg, c'est en un seul jour (le 14 janvier 1857) qu'il reçut (dans cette Loge) les 3 grades et succéda à son père qui avait été le Grand Maître de la Grande Loge de Hanovre.

On voit ci-dessous la médaille commémorative de cet événement

L'inscription se lit :

SIEHE, DER PALLAST IST ZUR BAUHÜTTE WORDEN U[ND] DIE BAUHÜTTE ZUM PALLAST

(Voyez, le palais est devenu une loge et la loge un palais)

Le texte du détail ci-dessous peut se traduire :

en souvenir de l'entrée en franc-maçonnerie
de
Sa Majesté le Roi George V.

L'autre face porte l'inscription :

GEORG V V[ON] G[OTTES] G[UNST] KOENIG V[ON] HANNOVER

(George V par la grâce de Dieu Roi de Hanovre)

Dans le Tome II (p. 350) de sa monumentale tétralogie, l'Europe sous l'acacia (Dervy, 2012), Yves Hivert-Messeca signale qu'il fut un maçon assidu et attentif, mais en exigeant que l'Obédience affirme son caractère exclusivement chrétien.

Comme on peut le voir (et l'entendre !) plus bas, l'excellent pianiste allemand Ingo Dannhorn a eu le bon esprit de s'intéresser aux compositions de Georges V.

Ce pianiste a également enregistré sa Jagdsymphonie dont il a mis à votre disposition sur le web les 4 mouvements : 1 - 2 - 3 - 4.

On a trouvé dans le passé beaucoup de princes régnants ou de princes de sang comme Grands Maîtres des Obédiences - et c'est encore le cas dans certains pays où les Obédiences dites libérales sont inexistantes ou quasi.

Il faut se rappeler que, dans l'Ancien Régime, la liberté d'association n'était pas un droit, mais qu'elle restait soumise au bon vouloir de l'autorité. Et cet arbitraire a survécu longtemps à l'Ancien Régime : en fait, aussi longtemps que la liberté d'association n'est pas devenue un droit constitutionnel.

En ce temps-là, le Grand Maître était toujours un homme agréé - sinon désigné, voire même autodésigné - par l'autorité politique.

Il se trouvait souvent, du coup, l'objet obligé d'une vénération particulière.

Ce qui convient le moins, selon nous, aux maçons, et ce qui nous révolte le plus, c'est la flatterie et la flagornerie dont le Grand Maître est souvent l'objet de la part de certains maçons.

Rebold

A son indépendance en 1830, la Belgique s'était dotée d'une Constitution particulièrement libérale, qui précisément innovait en institutionnalisant la liberté d'association. Le résultat ne s'est pas fait attendre : la maçonnerie a bientôt échappé à toute possibilité de tutelle de l'Etat. Le premier Grand Maître du Grand Orient de Belgique, Stassart, avait été choisi parce qu'il était un homme bien en cour, et le fait qu'il ait tenté de continuer à faire prévaloir dans l'Obédience, à un moment où la majorité des maçons la récusaient, la politique unioniste du Palais royal a contribué à hâter sa démission. La maçonnerie belge est alors devenue autonome dans ses options (ce qui explique qu'elle ait été la première à abolir, en 1854, l'interdiction des sujets politiques et religieux et, en 1872 - soit 5 ans avant le Grand Orient de France -, l'obligation de référence au Grand Architecte).

On sait qu'en France la maçonnerie est restée plus longtemps soumise à l'arbitraire du pouvoir, et que des dizaines de Loges furent - souvent avec la complicité d'Obédiences soucieuses de se dédouaner - sanctionnées pour délit d'opinion jusqu'aux débuts de la IIIe République, qui marquèrent un tournant.

Tournant que, en 1870, Babaud-Laribière, successeur de Mellinet à la Grande Maîtrise, saluait en résumant l'évolution du Grand Orient sur les deux dernières décennies par l'exclamation suivante :

Un prince du sang, Murat ! Un maréchal de France, Magnan ! Un général sénateur, Mellinet ! Enfin un simple journaliste de province.

Babaud-Laribière

Ici aussi, la maçonnerie était devenue maîtresse de son destin, et de choisir ses dirigeants d'après ses propres critères et non plus selon ceux de l'autorité civile.

 

Babaud-Laribière

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