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Maestro et Grand Maître ? (2/4)

Publié le par Jean-Pierre Bouyer

Le deuxième (dans l'ordre chronologique) de nos Grands Maîtres compositeurs présente une caractéristique encore plus rare : il fut empereur !

Dom Pedro de Alcantara, de Bragance et Bourbon (1798-1834) eut une vie (tant publique que privée) particulièrement romanesque, au cours de laquelle il fut l'artisan de l'indépendance du Brésil et son premier empereur (de 1822 à son abdication en 1831) sous le nom de Dom Pedro Ier avant d'être un protagoniste de la guerre de succession portugaise, qui lui permit de rétablir sa fille sur un trône auquel il avait lui-même renoncé en 1826.

Il fut initié le 2 août 1822 à la Loge Comércio e Artes sous le nom indien de Guatimozin.

Guatimozin

Guatimozin est le nom du dernier empereur aztèque, mort à Mexico en 1522.

Dans son roman (1777) les Incas, Marmontel (qui était maçon) raconte la fin de Guatimozin :

ô Guatimozin ! ô le plus magnanime, ô le meilleur des rois ! Un brasier, des charbons ardents ! ... c'est sur ce lit qu'ils l'étendirent. ... Tandis que le feu pénétrait jusqu'à la moelle des os, Cortès, d'un oeil tranquille, observait les progrès de la douleur ; et il disait au roi : "si tu es las de souffrir, déclare où tu as caché tes trésors." Soit qu'il n'eût rien caché, soit qu'il trouvât honteux de céder à la violence, le héros du Mexique honora sa patrie par sa constance dans les tourments. Il attache un oeil indigné sur le tyran, et il lui dit : "homme féroce et sanguinaire, connais-tu pour moi de supplice égal à celui de te voir ?" il ne lui échappa ni plainte, ni prière, ni aucun mot qui implorât une humiliante pitié. Sur le brasier était aussi un fidèle ami de ce prince. Cet ami, plus faible, avait peine à résister à la douleur ; et prêt à succomber, il tournait vers son maître des regards plaintifs et touchants. "Et moi, lui dit Guatimozin, suis-je sur un lit de roses?" 

 

Il fut élevé directement, 3 jours plus tard, au grade de Maître, pour devenir le 4 octobre Grand Maître du Grand Orient du Brésil, charge qu'il exerça jusqu'au moment où ... il interdit la Franc-maçonnerie, par crainte de l'activité politique des Loges (son fils Dom Pedro II, qui, encore enfant, lui succéda en 1831, fut plus tard considéré comme un prince-philosophe et la rétablit ).

Excellent instrumentiste et compositeur, Dom Pedro est l'auteur du premier hymne national brésilien, Hino da Independência, ainsi (probablement) que de l'hymne de la maçonnerie brésilienne, dont est présentée ci-dessous une version orchestrale et dont voici la traduction des paroles :

De la Lumière qu’elle répand
Philosophie sacrée
A surgi, dans le monde ébloui,
La pure Maçonnerie.

Refrain :
Maçons, debout !
Soyez fermes !
Vengez les droits
De la nature.

De la raison fille sublime
Elle méritait des cultes sacrés,
De grands héros l‘ont adorée,
La pure Maçonnerie.

De la Raison somptueux temple
Un grand roi l’avait érigée
C’est alors qu’elle a été instituée,
La pure Maçonnerie.

Cette noble action est immortelle,
Elle a vaincu l'acharnement du temps,
Elle doit affronter les siècles,
La pure Maçonnerie.

Les Droits sacrés de l’Homme,
Réprimés par la tyrannie,
Elle les restaure hardiment
La pure Maçonnerie.

Le dépôt auguste de la Lumière
Repoussant toute hypocrisie
Elle le garde en son sein pleine d’ardeur
La pure Maçonnerie.

Prudente elle cache et refuse
Au profane impie
Ses mystères majestueux
La pure Maçonnerie.

Ô, Grand Architecte de l’Univers,
Toi qui éclaires le monde
Soutiens, protège et garde
La pure Maçonnerie.

Au XVIIIe siècle, le titre de Grand Maître est souvent employé pour désigner un Maître de Loge, c'est-à-dire un Vénérable, et non comme actuellement le président d'une Obédience, parfois présenté alors (ce sera le cas du premier Grand Maître français, le duc d'Antin) comme Grand Maître général (et perpétuel : le titre était à vie).

Dans la divulgation (attribuée à l'abbé Pérau) intitulée L'Ordre des francs-maçons trahi, on peut lire (p. 158) :

Le Titre de Maître de Loge & celui de Grand-Maître se confondent fort souvent lorsqu'on parle d'une Loge assemblée. Cela vient de ce qu'il y a plusieurs Maîtres dans une Loge, & que, pour les distinguer de celui qui préside, on nomme quelquefois celui-ci le Grand-Maître, dont effectivement il représente la personne ; mais cela n'empêche pas qu'on ne s'entende. Tout le monde sait qu'il n'y a qu'un Grand-Maître pour chaque Pays, & que les Chefs des Loges particulières ne sont que Maîtres de Loges.

Au XIXe, je ne me souviens que d'un exemple où un Maître de Loge se désigne lui-même comme Grand Maître ; et il s'agit d'un personnage aussi prétentieux que mégalomane, Jean Gabriel Auguste CHEVALLIER (1778–1848), Vénérable des Admirateurs de l'Univers et restaurateur (férocement brocardé à ce titre par la Chronique Indiscrète Du Dix-Neuvième Siècle) de l'Ordre royal militaire, religieux et hospitalier du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Il s'intitule Grand Maître (GM, avec la triponctuation maçonnique) en faisant fièrement imprimer son Thermomètre de l'Amour qu'il présente (sans la moindre raison d'ailleurs !) comme un chant maçonnique :

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