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Un exemple de longévité maçonnique : le docteur Mercadier

Publié le par JP Bouyer

Même s'il existe sociologiquement de considérables différences entre la maçonnerie de la fin du XVIIIe et celle qui au début du XIXe renaît de ses cendres après la Révolution, nombreux sont les Frères qui, initiés lors de la première période, reprennent une vie maçonnique après une interruption qui atteint souvent 10 ans.

Nous allons aujourd'hui nous intéresser à l'un d'entre eux - un de ceux justement qui ont refusé cette interruption.

Michel Mercadier, Maître en chirurgie accoucheur, naît à Montauban, le 24 décembre 1733 selon certaines sources (qui me semblent plus fiables, pour la raison dite au bas de cette page), en 1735 selon Findel (qui le dit fondateur d'un grand nombre de loges et de chapitres) dans son Histoire de la Franc-maçonnerie (p. 63).

C'est sans doute lui qui figure (p. 219) à la liste des médecins, chirurgiens et apothicaires de la Maison du duc d'Angoulême et du duc de Berry, qu'on trouve à l'Almanach de Versailles pour 1784, 

Quand fut-il initié ? A l'époque, c'étaient surtout des hommes fort jeunes qui entraient en maçonnerie. Nous ne trouvons cependant pas de trace d'activité maçonnique pour lui avant qu'il ait dépassé la cinquantaine : Le Bihan (dans son ouvrage Francs-maçons parisiens du Grand Orient de France) le mentionne en effet comme membre de Saint-Jean de Palestine en 1786-7 et de l'Age d'Or en 1787-90.

Ce qui n'empêche pas qu'il puisse être devenu maçon bien avant ces dates, et c'est même probable puisqu'avant la Révolution il était déjà Officier du Grand Orient de France : dans ses Recherches sur le Rite Ecossais Ancien et Accepté, Daruty nous apprend en effet (p. 134) qu'il faisait partie de ceux qui ont maintenu jusqu'en 1793 les travaux de la Chambre  d'Administration, sous la présidence de Roëttiers de Montaleau, et qui, depuis l'emprisonnement de ce dernier (détenu jusqu'en 1795), se réunissent à de longs intervalles, autant que les circonstances le leur permettent.

Voilà qui montre en tout cas qu'il s'agissait d'un maçon convaincu !

Il est d'ailleurs resté actif en Loge également pendant cette période périlleuse où quelques Loges seulement avaient maintenu une activité : Le Bihan le signale en effet comme membre des Amis de la Liberté en 1790-3 (il en fut un fondateur et en était Garde des Sceaux en 1793) et du Centre des Amis en 1793-6 (il y fut Surveillant). Et, selon l'article Amis de la Liberté de Marie-Thérèse Gravier dans dans l'Encyclopédie de la Franc-maçonnerie par divers auteurs sous la direction d'Eric Saunier (Pochothèque, 2000), il y joue un rôle très actif jusqu'au moment où il fréquente plutôt le Point Parfait (qui résulte d'une fusion effectuée, sans doute à son instigation, à partir des Amis de la Liberté).

point parfait

C'est en 1793 que la guerre lui enlève son fils (v. 1767-1793), sous-lieutenant volontaire, membre comme lui des Amis de la Liberté.

En 1803 il est membre de la Chambre d'Administration du Grand Orient et en 1804, selon Pierre Chevallier dans le Tome 2 de son Histoire de la Franc-maçonnerie française (Fayard, 1974, p. 43), il en est Grand Hospitalier, fonction qu'il occupait encore en 1814.

Il fut aussi l'initiateur de la fête annuelle du Réveil de la Nature, mais c'est là un sujet qui vaut bien une page séparée ... que je vous promets pour bientôt.

On le connaît aussi comme rédacteur de chansons maçonniques : la Lyre maçonnique pour 1810 publie un Chant funèbre touchant issu de sa plume, que Bernard Muracciole a enregistré, sur un air de sa propre composition, dans son CD-livre Chants maçonniques des Hauts Grades.

HG

En 1814, âgé sans doute de plus de 80 ans, Mercadier est toujours membre du Point Parfait mais aussi Vénérable de Saint-Michel.

Un modèle de longévité maçonnique certainement !

Mais il y a mieux encore !

La maçonnerie, fille-mère ???

En 1825, Mercadier intervint en effet à la Saint-Jean d'été du Grand Orient. A 91 ans, il chante lui-même un cantique, dont j'ai trouvé deux couplets :

Sous les yeux d'un roi sage et juste
Désormais nous travaillerons ;
Et forts de sa présence auguste
A nos ennemis nous dirons
Venez et la grande famille
Vous dira cette vérité
La Maçonnerie est la fille
La mère de l'Humanité.

Vous qui comptez sur mon visage
Près de quatre-vingt-douze hivers,
Daignez agréer mon hommage,
Ma reconnaissance et mes vers.
Enfants de la grande famille,
Combien de fois j'ai répété :
La maçonnerie est la fille,
La mère de l'humanité !

Le premier couplet (qui est cité par Pierre Chevallier dans le Tome II de son Histoire de la Franc-maçonnerie française) est en l'honneur de Charles X, qui vient de succéder à Louis XVIII et auquel le Grand Orient proclame un dévouement aussi sincère que celui qu'il manifestait naguère à Napoléon. Le deuxième est reproduit (p. 233) dans l'ouvrage de Bazot, Morale de la Franche-maçonnerie :

mercadier

Il est à noter que la mention des près de quatre-vingt-douze hivers confirme bien une naissance au second semestre de 1733.

Le Frère Mercadier ne représente-t-il pas un mémorable exemple de fidélité à la maçonnerie, fille et mère de l'humanité ?

 

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